INFO-AUTOROUTE.COM (retour accueil) |
|
- .textes et photos : reproduction interdite sans autorisation
![]()
Oublier tous les soucis et ne penser qu'à rouler sans encombre à une vitesse constante de 130 Km/h en rythme avec la musique de l'autoradio qui se cale sur le défilement de l'autoroute. Le plaisir aussi d'appartenir à un groupe qui ne se connaît pas, mais qui applique, pour la plupart, des règles communes. Le tout formant un énorme ballet sans autre metteur en scène que le savoir conduire. L'autoroute sait être conviviale. Là pas besoin d'électronique, l'être humain reste maître de la situation, il peut avoir l'intelligence nécessaire pour réaliser la bonne action au bon moment. Le lien entre l'homme, sa machine, la structure et l'environnement ouvre les portes de l'aventure autoroutière. |
(Chauplannaz 1993) |
Le soleil s'éloigne à l'horizon pour disparaître complètement et laisser la place au bleu de plus en plus foncé. On a en quelques instants l'impression de rejoindre d'abord la haute atmosphère, puis la navette autoroutière ou la voiture spatiale peut commencer son périple dans l'espace quand finalement le ciel du jour, store protecteur de la vie sur Terre, s'est complètement effacé. |
La vitesse paraît plus importante la nuit, sans doute parce que le paysage est éliminé au profit de la seule chaussée. La sensation de grande vitesse se renforce en passant sous les ponts d'un coup illuminés. Voilà une myriade de feux de gabarit, l'occasion de penser à ces hommes, voyageurs et aventuriers du quotidien, qui défient les kilomètres où le seul lien entre la chaussée et le véhicule est la lueur des phares. Penser, quand on y est, à toute cette population qui dort autour de soi, qui rêve pour mieux affronter un quotidien limité, sans se rendre compte que le plaisir du transport est essentiellement basé sur l'ambiance physique, climatique et humaine qui change au fil des kilomètres et des régions traversées. L'autoroute se confond dans la nuit qui paraît alors infinie, et l'ensemble confère un côté spatial d'autant plus fort lorsque les étoiles, et souvent la lune, sont présentes. La réalité reprend ses droits en atteignant le grand navire qui brille de ses mille feux : le péage. Les jours de grande circulation, l'autoroute apparaît tel un volcan ou un flux sanguin avec les feux arrière rouges des voitures qui tracent leur chemin dans la nuit en suivant le ruban d'asphalte entre les traits blancs et les réflecteurs en bordure de chaussée qui défilent à un rythme constant. On a de nombreux kilomètres à parcourir dans l'immensité. Il y a bien quelques bases satellites dénommées stations-service pour faire une pause et se ressourcer. De très nombreux poids lourds y sont rangés méthodiquement, avec pour bruit de fond le ronronnement de la température dirigée des remorques frigorifiques. Mais avant de se poser à Beaune-Tailly, découvrir par surprise la ville de Beaune illuminée en redescendant de Bessey-en-Chaume, c'est quand même rassurant ! |
(Chauplannaz 1993)
|
Le noir est devenu bleu foncé, puis au bleu plus clair s'est mêlé le rouge saumoné des petits matins frais de l'hiver ensoleillé où dominent les couleurs pastels. Le soleil rouge vif à l'horizon frappe le sol bourguignon et soulève l'eau emmagasinée dans la terre sous la forme d'un brouillard qui stationne un long moment au ras du sol. L'A6 étant surélevée à cet endroit, le brouillard l'effleure à peine laissant l'impression que l'autoroute flotte sur une mer brumeuse et plate. Seul un arbre, au milieu de ce qui doit être un champ, permet de garder les pieds sur terre. Le même plaisir nous attendait au détour du viaduc de Pont-d'Ouche. Des nuages tantôt au ras du viaduc, tantôt au pied de la forêt attenante. La vitesse et les virages donnaient un mouvement unique à ce paysage lui aussi en mouvement, rappelant un instant les sensations aériennes. |
L'autoroute structure le paysage, comme si elle soulignait les richesses du pays traversé. Cette sensation est renforcée par les panneaux descriptifs blancs sur fond marron qui jalonnent l'autoroute. Quel plaisir à Joigny en voyant serpenter l'autoroute d'un versant à l'autre ! Le jour, on peut aussi voir le travail réalisé par les hommes de l'autoroute, gardiens d'un temple sacré où l'automobile s'exprime au mieux grâce à leurs interventions. Et puis il y a les gens sur les ponts. C'est curieux, mais sur l'autoroute on croisera forcément quelqu'un sur un pont, comme si eux aussi voulaient être de la fête, du voyage. Un appel de phare, et le salut est immédiat. La communication est courte mais fait plaisir. Ces gens qui ne se seraient même pas regardés en marchant sur le même trottoir deviennent, pour un temps très court, des gens familiers. Le transport fait encore rêver. |
(Chauplannaz 1993) |
Regardez la voiture avec une plaque d'immatriculation rouge sur fond blanc. Une famille belge à bord d'un break chargé à bloc. A l'intérieur c'est papa qui conduit comme pour la plupart des grands trajets sur autoroute. Maman tente de distraire les enfants par de nombreux atours tels que la distribution de bonbons, de revues rapidement froissées qui finiront à la poubelle à la prochaine station-service et de bandes dessinées qui auront la chance de rentrer à Bruxelles si la bouteille d'eau ne s'est pas renversée dessus. Que nos amis belges se rassurent, ces situations peuvent être observées aussi en France et ailleurs. A l'heure du repas c'est le pique-nique qui a été choisi par nos belges qui réussissent à trouver une place à l'ombre sur une aire de repos parmi quelques familles d'ouvriers, de cadres et autres professions plus ou moins libérales venant de France et de toute l'Europe du nord. Pendant ce temps, quelques-uns oublieront les enfants, les grands-parents, la caravane ou leurs animaux. La route de l'été la plus connue est celle menant vers les plages méditerranéennes et nécessite notamment depuis Paris de prendre l'A6 et l'A7. Sans doute faut-il séparer le voyage en deux grandes parties : l'avant Lyon et puis l'après Lyon. Passé le péage de Villefranche, la transition peut commencer. Laissant l'A46 de côté, c'est d'abord les monts du Lyonnais qui apparaissent. Petit à petit, l'urbanisation et la végétation jouent à cache-cache avec l'autoroute et ses protections phoniques. En même temps, l'autoroute s'incline puis plonge vers ce qui fut pendant longtemps le plus long embouteillage de France. Après quelques tournants, il apparaît, immense avec ses deux colonnes de béton qui le surplombent. Mais à peine a-t-on vu apparaître le tunnel de Fourvière, qu'un large regard sur la gauche nous fait découvrir d'un coup l'important habitat lyonnais. Le symbole est pourtant ailleurs, car de l'autre côté du tunnel, c'est le point critique de la transition. On laisse derrière soi le nord du pays et l'A6. Puis, on attend le petit souterrain et son virage dangereux pour enfin rouler sur l'A7 le long du Rhône. Et cette fois-ci, on se dit que rien ne pourra nous empêcher de rejoindre le soleil des vacances et la mer qui l'accompagne. On est au sud, d'un coup on sent intérieurement les pins, la lavande, la pression de la chaleur et la douceur apaisante de l'eau. Un état secondaire tout juste interrompu par l'odeur de la raffinerie de Feyzin ! La longueur de la vallée du Rhône remplit d'impatience, pour arriver enfin à la bifurcation située à quelques encablures du delta. Ici, deux choix possibles. D'un côté la Provence et la Côte d'Azur, de l'autre le Languedoc et le Roussillon. Prenons la direction du Languedoc Roussillon. Bientôt on l'aperçoit, sur la gauche, annoncée par un panneau : la Méditerranée, berceau historique et culturel. Elle est bleue, immense et avec des bateaux au loin. Et puis on s'habitue à sa présence. Certains s'arrêteront entre Montpellier et Perpignan, d'autres continueront le périple vers l'Espagne en grimpant d'abord jusqu'au poste frontière du Perthus, voire jusqu'au sommet de la pyramide installée à côté. Ils passeront ensuite la ligne blanche tracée au sol matérialisant la différence culturelle, linguistique, monétaire, et hier de régime politique entre la France et l'Espagne. L'union catalane et européenne fait tout pour que cette ligne disparaisse à jamais, mais le touriste tant décrié a sans doute joué jusqu'à maintenant un rôle important. La liberté s'acquiert aussi par l'échange, et l'autoroute participe grandement à cela. Voir aujourd'hui les immatriculations polonaises, tchèques ou hongroises sur nos autoroutes en dit long. |
On arrive à Bourg-en-Bresse, elle paraît encore inaccessible en ne voyant que ses contours au loin. Puis tout doucement elle se rapproche et finit progressivement par vous enlacer. Que la montagne est belle ! La dominer est impossible, mais en la maîtrisant on peut passer des moments formidables, y compris sur quatre roues. Les premières grandes réalisations autoroutières françaises commencent avec l'A8 sur un site difficile. Ni les morts et la destructions de l'autoroute par la rupture du barrage de Malpasset, ni la malfaçon du viaduc du Magnan ne viendront à bout de la détermination des constructeurs de cette autoroute. Plus tard, la détermination est toujours aussi vive. L'expérience et la maîtrise des techniques les plus innovantes en matière de travaux publics ne cesseront de donner des ouvrages exceptionnels. Des ouvrages qui s'additionnent sur certaines autoroutes comme l'A40, très justement baptisée "Autoroute des Titans" par le Président Mitterrand lors de l'inauguration. Poncin, Chamoise, Nantua, Neyrolles, Sylans, Glacière, Charix, Châtillon, Tacon, St Germain, Bellegarde, Bois-d'Arlod, Vuache sont autant de noms magiques, symboles d'un pays développé avec un savoir faire technique de pointe, tant dans la conception, que la mise en oeuvre. L'ensemble permet de relier avec rapidité, sécurité et confort les populations séparées par le relief. Un confort de rouler, mais aussi un confort des yeux. La lumière nous éblouie vers la sortie du tunnel de Chamoise, puis d'un coup, la voiture s'envole sur le viaduc de Nantua avec pour décor la forêt de sapins et l'imposante montagne. Dans l'autre sens, on aurait en plus la possibilité de voir, près d'une centaine de mètres en contrebas, le lac de Nantua. On ne peut pas se lasser à la vue de cet énorme jeu de constructions. On ne peut pas se lasser des courbes tracées avec la plus grande douceur et des enchaînements viaducs - tunnel. Le tunnel qui donne l'impression d'un voyage au centre de la terre, avec cette inquiétude de ne pas en voir le bout. L'équipement de sécurité rassure quand même un peu. Comment un simple automobiliste peut-il s'imaginer les heures passées à mettre en place le projet, à le réaliser avec toujours des choix à faire ? Le droit à l'erreur est quasiment nul. Mais les compétences des ingénieurs sont extrêmes pour ce genre de chantier, et le résultat est stupéfiant. (Tout ce texte était réalisé avant la catastrophe du Tunnel du Mont-Blanc. Cela dit, ça ne remet pas en cause un Tunnel moderne comme celui de Chamoise.) |
(Chauplannaz 2001) |
(Chauplannaz 1993) |
C'était le 16 février 1991, jour de grand départ en vacances vers les sports d'hiver. Le viaduc de Poncin traversé, la montée vers le Tunnel de Chamoise va commencer. Une montée tout juste interrompue par une descente à St-Martin-du-Fresne. Et en hiver, une montée signifie souvent neige à un moment donné. Ce fut le cas cette fois là. Quelle tension, de l'autre côté du tunnel de Chamoise. Seule la voie de droite était praticable après le viaduc de Nantua. Les indicateurs de voies généralement au vert sur leur portique se trouvaient au orange clignotant. Qu'allait-il se passer ? La neige continuait à tomber fortement, et l'épaisseur devenait inquiétante, surtout qu'aucun chasse neige n'était en vue autour de nous. Mais où étaient-ils donc passés ? De là le stress de devoir sortir de l'autoroute pour retrouver une vieille connaissance : la N84 aux nombreux détours. Pire, on pouvait rester bloqué ici. Finalement, du côté du Vuache on respirait un peu mieux à la vue d'une chaussée noire, joli contraste avec le blanc environnant. |
Dans les Alpes françaises, de nombreuses autoroutes passent dans les vallées. La montagne est d'autant plus impressionnante lorsque l'on se trouve à ses pieds. Elle est haute, superbement haute. La nuit, elle sait disparaître si aucune lumière ne la surprend. Il est étonnant de voir dans la nuit noire, en regardant en l'air, un gyrophare qui semble être dans le vide. Bien qu'il semble voler, on s'imagine ensuite rapidement la montagne sous l'engin de déneigement de la D.D.E de Haute-Savoie. Qui avait bien pu le poser sur l'étagère, si haut, ce modèle qui pourtant n'était pas réduit !? |
Triste retour. Devoir abandonner le grand ruban au bout de son périple est difficile. A la fois heureux d'avoir roulé avec plaisir et d'avoir passé un bon séjour. Cette fois, on rend son ticket pour de bon, c'est fini. On se dit que l'on reviendra d'ici six mois ou un an. J'aurais bien fait quelques kilomètres de plus, mais aujourd'hui l'aventure s'arrête là, au péage de Fleury sur l'A6. |
L'autoroute peut aussi être un formidable lieu de fête lorsque la France gagne sa première Coupe du monde. En route pour les Champs Elysées après la victoire, nous voici bloqués dans le tunnel de l'A14 sous La Défense avec pour la première fois le plaisir immense d'être dans un embouteillage. Un embouteillage envahi par les Klaxons, les feux de détresse devenus feux de joie, et les passagers intenables qui couraient avec banderoles et drapeaux sur la chaussée en saluant chaque automobiliste, quand ce n'était pas le bouchon d'une bouteille de champagne qui sautait avec résonance jusqu'au plafond du tunnel après avoir été secouée. |
(Chauplannaz 1993) |
Prendre l'autoroute pour le plaisir de retrouver l'aventure du bitume, un chemin de la vie parmi d'autres tout simplement. Le but exact n'est pas vraiment connu à l'avance. Prendre l'A13 en se disant que Rouen c'est déjà trop loin. Assister à un feu d'artifice fêtant notre passage. Pourtant, ils ne savaient pas que l'on viendrait ! Le mobile en reste inconnu, le quatorze juillet étant passé. En tout cas il semblait aussi beau qu'inutile, un peu comme notre voyage. Finalement, on fera demi-tour à Evreux. Ou aller jusqu'à Auxerre en prenant l'A6. Pourquoi Auxerre ? C'est connu par son équipe de football, son vignoble, sa petite vie tranquille d'une ville déjà en province sans être trop éloignée de la folie parisienne. |